Une distance à couvrir


Antoine de MONJOUR
actuellement au séminaire d’ISSY-LES-MOULINEAUX,
en formation pour les Missions Etrangères de Paris

Tel est sans doute le défi de la mission, couvrir une distance entre les cultures, les mentalités, pour mieux annoncer l’Evangile. C’est ce défi qui a mis en route Antoine DE MONJOUR, actuellement en formation pour les Missions Etrangères de Paris.

"Au Seigneur notre Dieu,
qu’il est grand ton nom par toute la terre." (Ps. 8,2)

Parler de soi n’est pas une chose simple..., encore moins lorsqu’il s’agit de sa propre vocation, cet Appel que Dieu, lui qui est tout, adresse à celui qui n’est rien !

La formation au séminaire St Sulpice à ISSY-LES-MOULINEAUX dure six ans et se divise en deux cycles : un premier, appelé souvent cycle de Philosophie, de deux ans et un second dit de "Théologie" qui dure quatre ans. Je suis actuellement en deuxième année du second cycle. Entre les deux cycles j’ai accompli mon service national au titre de la coopération en Corée du Sud où j’ai enseigné le français et habité avec des Pères français, des Missions Etrangères de Paris.

Originaire du diocèse de Nanterre, je suis actuellement en formation pour les Missions Etrangères de Paris (M.E.P.), une société de prêtres diocésains originaires de toute la France qui se sont mis ensemble pour le service de la Mission en Asie. Après avoir fondé ou participé au développement des Eglises d’Asie, les M.E.P. se sont orientées vers le service de ces Eglises locales qui ont maintenant leurs évêques et un clergé autochtones. Sur la demande d’un évêque, un prêtre des M.E.P. est amené soit à s’intégrer tout simplement au Presbyterium du diocèse auquel il est rattaché, pour le service des paroisses ou des aumôneries existantes ou en création, soit d’avoir un ministère particulier là où le clergé local est absent ou pauvre en nombre.

- Premiers pas...

Comment me suis-je orienté vers ce type de ministère missionnaire ?

Je me suis senti appelé à une vocation sacerdotale jeune, vers 8-9 ans, et je crois bien avoir toujours gardé cette orientation. Je dois avouer cependant que le cheminement qui m’a conduit vers les M.E.P. a été lent et long. Je voudrais simplement m’arrêter sur quelques souvenirs qui m’ont mené à ce choix de ma Mission "ad exteros", c’est-à-dire tournée vers l’extérieur.

Je crois bien que j’étais en 5ème. Un Père Blanc, missionnaire en Afrique, était venu à une séance de catéchisme raconter au groupe son expérience. Un récit passionnant. En sortant, avec l’un de mes meilleurs amis, je me souviens encore très précisément du lieu, nous nous sommes promis de devenir missionnaires comme ce Père. La même année j’ai découvert l’action menée par "Frères des Hommes" et cela m’a donné envie de faire la coopération parce que l’un des membres qui présentaient un film en revenait !

L’intérêt que je porte à l’Asie vient d’une revue pour les jeunes qui avait fait un numéro spécial sur la Chine. Je ne sais pas combien de fois j’ai pu la lire... J’étais particulièrement fasciné par la photo de couverture qui représentait une immense foule. J’ai gardé par la suite ce regard sur l’Asie à travers un oncle qui a été missionnaire au Vietnam et en a été expulsé en 1975, à travers le drame des "boat peoples" et... le programme de géographie de Terminale !

- Une étape décisive

C’est encore une rencontre, en vacances, avec un Père Spiritain qui a marqué une étape décisive dans mon cheminement. J’étais alors décidé à entrer au séminaire pour mon diocèse, mes visées missionnaires étant "en veilleuse". En redécouvrant ces dernières, j’ai vraiment cru avoir trouvé la clef qui me manquait pour comprendre l’Appel du Seigneur et y répondre. J’étais prêt à arrêter les études que je suivais à l’Université pour commencer tout de suite ma formation et j’ai pensé aux spiritains, puisque ce prêtre que le Seigneur avait mis sur mon chemin appartenait à cette congrégation. C’était aller trop vite en besogne car les voies du Seigneur sont rarement celles que l’on croit déceler trop hâtivement. Et ce fut encore un cheminement de plusieurs années qui m’a conduit aux M.E.P.

- "Couvrir une distance,,"

On me dit souvent que le nombre des prêtres, en France, va en diminuant et que les vocations se font rares. Alors pourquoi partir à l’étranger quand la Mission commence ici, au bout de la rue, près de chez moi ? J’ai souvent le désir de répondre : "demande au Maître de la moisson pourquoi il envoie un ouvrier ici et un autre là !" mais serais-je bien entendu ? Je vois bien la situation de mon propre diocèse auquel je suis réellement attaché. Je crois que cette vocation missionnaire participe à la vie de mon diocèse bien que je ne sois pas destiné à y exercer directement un ministère.

Rien d’original si l’on prend la peine de regarder l’histoire de la vie de l’Eglise. D’ailleurs qu’est-ce que la Mission ? N’est-ce pas proclamer partout, comme le Christ l’a demandé, le message de la Bonne Nouvelle de sa Parole, de sa mort et de sa résurrection ? Chaque baptisé est appelé à le faire comme membre vivant de l’Eglise catholique, Universelle.

Un Père de la Mission de France avait dit un jour que l’acte missionnaire, quel qu’il soit et où qu’il soit, c’est "couvrir une distance" - et cette distance n’est pas nécessairement géographique - cela peut être une distance entre deux époques compte tenu de l’évolution des mentalités (par exemple entre avant et après les "années 60" marquées dans l’Eglise par le Concile Vatican II et Mai 68).

Cela peut être aussi une distance entre deux langues (et cela nécessite d’apprendre la langue de l’autre pour communiquer), entre deux cultures, deux types de mentalité, deux traditions, des coutumes, des échelles de valeurs différentes, des caractères différents, des races différentes. Qui de nous n’a pas eu à le faire ?

C’est à cela que je crois que Dieu m’appelle : couvrir cette distance qui me sépare d’un pays, d’une culture, d’un peuple qui ne sont pas les miens, pour m’y insérer (mais j’y serai toujours un étranger) et y annoncer le message du Christ. Pour cela il me faudra apprendre à dépouiller le plus possible ma vie de foi de sa gangue occidentale pour qu’un asiatique puisse accueillir ce Message, le recevoir dans toute sa richesse, grâce à l’Esprit Saint, sans avoir simplement l’impression d’être face à une "religion étrangère importée". De longues années d’apprentissage et d’enfouissement en perspective.

Cela n’a rien d’extraordinaire et je ne suis pas de nature à chercher les prouesses et encore moins les difficultés... Je crois que cela est possible avec la force que Dieu nous donne par Jésus-Christ, dans l’Esprit.

"Je n’ai de repos qu’en Dieu seul,
mon salut vient de lui,
"Je n’ai mon repos qu’en Dieu seul,
oui, mon espoir vient de lui,
"Comptez sur lui en tout temps..,
devant lui épanchez votre cœur.."

Ps. 2.6.9