L’Eglise bouge, et c’est tant mieux !


Mgr Georges Gilson
archevêque de Sens-Auxerre, prélat de la Mission de France

L’Église bouge. Et c’est tant mieux. Je le dis dans l’éclairage de ma foi chrétienne. Je le dis grâce à Vatican II. Le Concile qui n’a que quelque trente ans d’âge, a fait plus que baliser la route ; il trace un chemin planétaire. Je le dis aussi en analysant la situation concrète de notre pays. C’est ce troisième élément d’analyse du terrain que je voudrais partager avec les lecteurs de la revue. Ensuite nous ouvrirons quelques perspectives et nous proposerons trois lignes missionnaires ; les unes et les autres apportent un éclairage sur la question traitée : une communauté de foi dans une société séculière peut-elle s’inscrire dans l’espace et sur le territoire ?

Inventer autrement

La chrétienté est derrière nous

On ne sort pas de dix siècles de chrétienté sans secousse et sans être habité par des incertitudes. Jusqu’en 1950, nous avons vécu sur la lancée de l’ère carolingienne. Je préfère prendre Charlemagne comme point de référence historique plutôt que l’empereur Constantin. Charlemagne a été le véritable initiateur de l’ère de chrétienté en Europe. Après le temps des barbares, l’empereur a fait l’unité de l’Europe non pas en imposant une organisation nationale, mais un esprit religieux : l’Église chrétienne.

Il lui imposa de porter la charge des âmes ; l’Institution religieuse était le vis-à-vis de l’Etat ; elle exerçait peu ou prou sa fonction d’épiscopè, c’est-à-dire elle veillait au bien. Le roi s’inclinait devant Dieu, il n’inventait pas la Parole sacrée. Il lui donnait sa foi. Les lois elles-mêmes ne régissaient pas tout au gré des pouvoirs et des dynasties. Elles ne dictaient pas les comportements personnels ni n’organisaient la vie villageoise.

Aujourd’hui, il ne reste que l’Etat et le peuple. Et à ce dernier n’est laissé que de voter et de tendre la main pour mendier quelques subventions ou aides ! L’Etat veut devenir providence. Il sert le peuple souvent avec honnêteté et dans le souci de bien faire. Mais il est seul. Par un réflexe de vitalité et un souci de liberté, les citoyens s’engagent dans des associations diversement constituées et revendiquent le droit à vivre leur identité régionale, à parler leur langue ancestrale, à sauvegarder leur culture provinciale. Il y aurait beaucoup à dire devant la déshérence des grandes institutions sociales et plus encore devant l’absence d’une instance sacrale qui doit être le vis-à-vis de l’État ! Mais ce n’est pas immédiatement le sujet. Bref, nous sommes sortis de la chrétienté d’hier. Nous n’y reviendrons pas. Il nous faut inventer "autrement".

Mutations rurales et urbaines

L’évolution économique et sociale a totalement modifié le paysage de la France. Et ce sont d’abord les villes qui ont bouleversé la société. L’afflux des paysans bretons ou aveyronnais dans les faubourgs parisiens a été un facteur de décomposition et de recomposition du tissu national. Le paysan devenait travailleur. Et l’Église a dû fonder des paroisses de banlieue sur le modèle du village provincial. L’industrie entraîna la rupture entre la vie familiale, enracinée dans la terre des ancêtres, et la classe ouvrière, façonnée par les combats sociaux et soumise aux machines à produire.

La terre

L’agriculture a suivi. Les tracteurs et les engrais ont transformé l’exploitation traditionnelle de la terre. Le village a vu se fissurer sa structure quasi familiale où, autour du clocher, du presbytère, de la mairie, de l’école et du bistrot, les exploitants agricoles et leurs familles se regroupaient et vivaient en quasi autarcie. Là où existaient, il y a encore cinquante ans, une trentaine de fermes - et dans lesquelles vivait une famille tribale aux nombreux enfants -, aujourd’hui un seul homme, ayant fait des études et acquis des compétences, se servant de l’ordinateur et travaillant en chef d’entreprise, sillonne ses terres en solitaire. Et les femmes d’agriculteurs ? Elles ont toujours eu une présence, une influence, une responsabilité énormes. Aujourd’hui, si quelques-unes veulent être exploitantes agricoles seules, elles le peuvent grâce à la machine ; mais beaucoup préfèrent travailler en ville. Et l’agriculteur, s’il est céréalier par exemple, habitera en ville et se rendra en voiture sur ses terres le matin, comme tout un chacun allant à son emploi. D’ailleurs, le diplôme a pris plus de valeur que la terre. La terre est devenue un outil industriel ; le mythe de la terre nourricière s’efface des mentalités.

À ces quelques remarques, il faudrait bien sûr ajouter la capacité des transports qui permettent à des hommes et à des femmes de circuler à travers le monde par exigence professionnelle, intérêt touristique ou besoin familial. On va très loin se détendre et se reposer. Chaque matin, dans le département de l’Yonne, dans l’agglomération sénonaise, des milliers de personnes prennent le train pour aller travailler à Paris et rentrer le soir. Et il suffit de parler de finances et d’euros. Il suffit de prononcer les mots de mondialisation et de démographie pour se laisser prendre dans un tourbillon de changements et de questions. L’homme, façonné par l’individualisme du siècle des Lumières, est redevenu un nomade sans tribu.

Alors, posons les questions : qu’est-ce que le sol ? Quels rapports l’individu a-t-il à la terre ? Qui a la propriété de la terre et de l’eau ? A qui appartiennent le ciel que l’on contemple et l’air que l’on respire ? Faut-il délibérément renoncer à avoir un lopin de terre ? Et pourtant, nombre de Français aiment acheter un bout de terrain et y faire construire leur maison. Ils ont l’instinct de propriété ! Bien des Français aiment recevoir en héritage la maison des grands parents et y faire leur résidence secondaire. C’est dans ce champ familial et social que l’Eglise doit s’interroger sur le statut des paroisses et le statut d’une communauté croyante. Elle le fait déjà, et sans doute est-ce une révolution lente et pacifique que la réforme des paroisses entreprise par plus de soixante diocèses en France. Elle doit le faire aussi et d’abord dans les villes ; l’évolution n’est pas moindre. Un exemple.

La ville

Il y a quelques jours, j’ai passé un week-end à Gennevilliers, ville de la banlieue parisienne près de Nanterre. Je n’y étais pas retourné depuis mon départ de Nanterre en 1965. J’allais y rencontrer un secteur paroissial qui est pris en charge et animé par une équipe de la Mission de France. Je me souvenais de la présence du monde ouvrier, du dynamisme des mouvements d’Action catholique, de l’engagement des prêtres et des militants au cœur de la cité, de la crise des prêtres ouvriers. vécue sur le terrain. La municipalité était communiste. Elle l’est encore.

Le choc fut fort. Je n’ai pas retrouvé ces quartiers de banlieue que j’avais connus. Certes, la vieille église du XVIIe siècle, les maisons basses et usées du vieux quartier étaient encore là, comme reléguées dans le village d’hier. Par contre, au cœur de la nouvelle ville, une tour de plus de vingt étages : c’est la mairie avec tous ses services et son administration tutélaire. Le signal est repérable de partout. Le clocher des temps modernes. À côté, sur un vaste espace, on a construit le supermarché Carrefour. Le sous-sol est réservé aux voitures : 1000 places. Des dizaines de milliers de personnes viennent - notamment le samedi - faire les achats, se bousculer les uns les autres comme dans les gares parisiennes. Bref, consommer des biens et des choses. Foule bigarrée et anonyme.

De l’autre côté de la rue, une maison discrète, en briques, une croix à peine visible ; derrière le mur se cache la chapelle. Je me souvenais de l’ancienne église. Elle avait disparu. Et ce lieu secret et chaleureux rassemblait quelques personnes qui, en cette fin de vendredi, célébraient l’Eucharistie, goûtaient la Parole de Dieu et priaient. Quelques femmes plutôt âgées, dont j’appris plus tard qu’elles étaient religieuses, habitent en HLM. D’autres plus jeunes, beaucoup sont Antillaises ou Africaines ; elles révèlent la présence de près de quarante nationalités. J’appris plus tard que c’étaient les étrangers ou, disons mieux, les Français de souche étrangère qui peuplaient la ville. La classe ouvrière avait été comme évincée ; seuls quelques militants et des responsables étaient encore là, au sein de la municipalité, dans les associations ; et l’équipe des prêtres ouvriers en retraite habite au huitième étage d’une grande tour. Témoins fidèles, démunis. En allant dîner le soir dans une petite communauté de sœurs de St-Vincent-de-Paul, au creux d’un quartier de grande pauvreté, avec le père curé en civil - et moi aussi -, j’entrais dans l’immeuble : les deux premières personnes que je rencontrai étaient deux musulmans en djellaba ; c’étaient des prédicants, des imams. Ils signifiaient leur identité. Ils m’ont dit " Bonsoir Monsieur ! " Très nombreux sont les gens de l’islam.

Où planter la tente ?

Il reste la famille. On dit que c’est une valeur refuge. Son évolution est pourtant d’une rapidité étonnante. Elle doit vivre sans soutien institutionnel fort. Elle crée des liens nouveaux, insuffle dans le tissu social le sentiment et l’amour, la passion et la naissance. Elle exige des racines.

Nous avons en effet des racines. Nous ne flottons pas en état d’apesanteur. Chaque jour, nous avons les pieds sur le macadam ou dans la glaise. Nous sommes des terriens. Nous respirons une culture, nous parlons une langue, nous nous désaltérons à des sources. Nous aimons relire notre histoire, nous veillons à notre patrimoine, nous portons un nom, nous fêtons des jubilés, nous restaurons des églises et nous avons des cimetières.

Ici nous percevons tous que le lien n’est pas simplement culturel, il est également religieux. On n’efface pas quinze siècles de vie religieuse parce que le village est déserté et que les conditions de vie urbaine mettent l’Eglise à un niveau plus bas que la tour Montparnasse.

Faut-il donc une terre, un territoire ? Ou faut-il que nous entrions dans une dynamique purement associative ? Sommes-nous comme au temps de David : faut-il garder la tente de la Rencontre (cf. Ex 33,7-11) dressée au milieu du peuple, comme elle le fut dès la marche au désert ? Mais où planter la tente aujourd’hui ?

La réponse à ces questions ne peut être que multiple. Déjà, dans l’histoire de l’Église, nous avons connu cette diversité : les monastères se construisaient sur la terre de Bourgogne, mais Cluny rayonnait sur toute l’Europe. Et saint Bernard fonda des couvents cisterciens à travers nombre de pays. Nous connaissons des mouvements d’Action catholique ou éducatifs qui ont une présence transversale et dans lesquels se rassemblent des femmes et des hommes ayant une spiritualité particulière et une affinité sociale déterminée. Nous connaissons les communautés nouvelles qui dépassent les frontières et les structures diocésaines. D’emblée, comme au temps du Moyen Âge, ils sont citoyens du monde. Nous connaissons des diocèses par ethnies, ayant leur propre rite.

Et la Mission de France ? L’archevêque de Sens vit de manière très concrète une double appartenance : il se veut Bourguignon avec les Bourguignons dans le département de l’Yonne aux pays contrastés (Qu’y a-t-il de commun entre l’Avallonnais et le Nord-Sénonais ?). Lorsque, quittant Auxerre et prenant la route de Troyes, il entre, au bout de dix-sept kilomètres, dans le village de Pontigny, il change de juridiction. Il exerce sa charge épiscopale de la Mission de France sur le territoire qui comprend sept cents habitants et l’abbatiale que beaucoup admirent. Mais il sait que deux prêtres de la Mission de France habitent ce petit lieu symbolique de la prélature missionnaire. C’est dans le monde français et aussi à l’étranger qu’il exerce son apostolat avec les prêtres, les diacres et les laïcs associés qui ont une présence et une mission dans de nombreux diocèses et au-delà des frontières. Quelle est donc la signification évangélique de la prélature de la Mission de France à Pontigny ? Quel est donc le rapport au sol et à la terre ? Vestige du passé, lieu symbolique, exigence structurelle ou nécessité théologale ?

Risquer des chemins de vie en Eglise

Eglise, peuple eucharistique

Peut-on, dans cet imbroglio de situations et de changements que nous venons grosso modo de décrire, trouver quelques chemins de vie et de renouveau pour la mission de l’Église du Christ et son Evangile ?

La réponse est affirmative. Elle est risquée ; elle ouvre un chemin d’aventure ; elle veut prendre en compte la crise jamais égalée de la foi et du christianisme en Occident. Elle s’appuie sur l’expérience vitale de ces dernières années ; elle est confortée par les analyses socio-économiques ; elle s’enracine dans la longue histoire de notre pays ; elle écoute les témoins et les saints. Car elle n’est pas extérieure à notre engagement de foi. Elle va puiser l’eau vive au puits de l’Esprit de Pentecôte. Entre autres choses, les synodes diocésains tracent une route. Le nombre important de diocèses qui, à la suite d’assemblées synodales, ont effectué la réforme des paroisses, témoigne beaucoup plus que d’une volonté de survivre ou de répondre à des besoins immédiats devant l’extraordinaire mutation du clergé français ; il manifeste l’énergie spirituelle qui habite des chrétiens du troisième millénaire.

Nous avons pris conscience et nous avons pris acte de la fin de la France agricole et de la quête du monde rural urbanisé ; nous avons pris conscience et nous avons pris acte de la fin de la chrétienté ; nous avons entendu l’appel conciliaire à un nouveau service en humanité. Nous le savons : les réformes de structures et d’organisation sont nécessaires, mais elles ne sont que des conditions qui doivent permettre à la vie de foi évangélique d’irriguer le monde neuf - et ancien - qu’il nous est donné de construire. La foi dans une société planétaire aux frontières ouvertes, aux comportements religieux extrêmement diversifiés, est en cause. Or notre foi est essentiellement eucharistique : " Faites ceci en mémoire de moi ". Les prêtres-ouvriers - dès la première génération - l’avaient saisi d’une manière significative : seuls, en équipes ou avec quelques laïcs, ils célébraient l’Eucharistie du Seigneur, ils accueillaient son "passage" au cœur et au creux de leur existence de témoins souvent silencieux. Peut-être rien d’autre n’est demandé aux communautés chrétiennes de demain, sinon ce témoignage d’être un Peuple eucharistique. Il nous faudra revenir sur cette affirmation.

Eglise, assemblée convoquée

Auparavant, interrogeons les Écritures. La Bible nous dit quelque chose du rapport de la communauté croyante à la terre et à l’espace. Depuis Abraham, toute l’histoire sainte est la réponse concrète de la promesse de Dieu : tu seras un Peuple, tu auras une terre, et ce pays que je te donnerai sera une terre sainte, une terre de paix et de pain ; sous la tente de la rencontre ou dans le temple de Jérusalem, Dieu sera ton hôte. Le Seigneur habite ici. Les nomades seront sédentaires, ils construiront des villes. Ils vivront dans des maisons. Sion est leur mère. La source matricielle.

Bref, nous ne pouvons vivre sans territoire ; nous ne serons jamais des extra-terrestres ; nous sommes pétris de glaise ; nous avons les pieds sur le macadam ! Rêver d’une Église sans toits ni lois, c’est préférer l’idéologie à l’Évangile, c’est refuser le mystère même de l’Incarnation de Dieu. Le Christ est de Palestine ; il est né à Bethléem ; il a grandi à Nazareth ; il a été crucifié sur le Golgotha aux portes de Jérusalem. Il est vrai cependant qu’il n’avait que des pierres pour reposer sa tête ; et il a dit : " Vous adorerez Dieu en esprit et en vérité. Détruisez ce temple, je le rebâtirai en trois jours. " Il parlait de son corps ! Là précisément une rupture fondamentale se produit : le lieu et le territoire n’ont plus le même statut théologique : c’est l’Assemblée, l’Ecclesia, qui est convoquée autour de son Seigneur. " Quand deux ou trois sont "assemblés" en mon nom, je suis au milieu d’eux. "

Les règles existentielles de l’Ecclesia chrétienne sont données dès le premier chapitre du livre des Actes des Apôtres. J’en retiens six : professer la foi au Christ Jésus ressuscité d’entre les morts et en témoigner, refuser de s’évader dans l’imaginaire d’un retour merveilleux du Ressuscité, avoir une maison et s’y rassembler (ils étaient environ cent vingt), être unanimes dans la prière, notamment avec Marie, la mère de Jésus, vivre en communion avec les Douze et accepter la présidence de Pierre, et ouvrir les Écritures qui sont offertes comme Parole de Dieu. Avec les sacrements de la foi, toutes les sources du "Peuple eucharistique" sont données.

Eglise, "communion missionnaire"

L’Église du Christ est donc une part du Peuple de Dieu ; elle est le Peuple de Dieu convoqué et assemblé par le ministère des apôtres afin qu’elle devienne évangéliquement le signe et le sacrement du salut et de la présence de Dieu, ainsi que le signe et le sacrement d’unité de toute notre humanité. L’Église est donc convocation et manifestation originale de l’invisible tendresse de Dieu en Christ dans la lumière de son Esprit. En effet, le Peuple de Dieu est une portion d’humanité que Dieu se choisit sans cesse par le don du Saint-Esprit. Nous n’en connaissons pas les frontières et les limites. L’Eglise ne naît ni d’une ethnie, ni d’une classe sociale, ni d’une histoire, ni d’un territoire, ni même d’une religion établie ou d’une nation... Elle naît du Christ pascal. Dieu est libre ; Dieu ne fait acception de personne. L’annonce de la Résurrection, la rencontre du Ressuscité, l’engagement du baptême et le don de la confirmation sont l’œuvre de la grâce ; et les moments sacramentels font des croyants les "pierres vivantes" de l’Église. Pour le salut de toute notre humanité. Le chemin d’Emmaüs ouvre au sens des Écritures et dévoile la Résurrection, il conduit au partage de l’Eucharistie de Dieu. Nous retrouvons là la grande Liturgie chrétienne qui s’inscrit dans l’Histoire et en fait craquer les frontières. C’est pourquoi la communauté croyante qui célèbre ne se rassemble pas pour elle-même ; elle n’est ni un club, ni une oasis, ni une fuite au désert.

Elle est " communion missionnaire ". Elle est quotidiennement bousculée dans le tourbillon de la Pentecôte. Elle est dans le monde, pour le monde. Elle exerce "la fonction apostolique missionnaire". Mais pour que tous accomplissent la mission de témoignage et d’annonce, quelques-uns - par vocation de Dieu et leur libre engagement - sont disponibles, choisis, appelés, institués, ordonnés afin d’être totalement consacrés à la mission de l’apostolat en Église et en son nom...

Il nous fallait faire ce long détour pour montrer que si le territoire est condition de vie et de survie de toute communauté, la communauté chrétienne est d’abord une assemblée, elle s’inscrit dans le registre de l’associatif et du nomadisme ; elle est communion de personnes avant de se constituer en structures et en institutions. Maintenant il est juste d’aller plus loin dans notre recherche. Nous parlerons de "communautés de terrain" au sein de l’Église locale.

Esquisser trois voies de présence missionnaire

Comment peut-on aller plus loin dans notre recherche ? Notre étude entend bien porter la question de la signification du territoire, du sol et de l’espace pour que l’Église réalise ce pourquoi le Christ Jésus l’a fondée avec et autour des apôtres : l’Église est missionnaire ; l’Église est "communion missionnaire" ; l’Église est communautés missionnaires.

Il serait dangereux de vouloir englober la vie et l’action de l’Église sous un même registre ; elle ne peut s’organiser d’une manière unique et uniforme ; elle n’est pas une vaste institution aux structures pyramidales, sorte d’Armée du salut... En France et dans le contexte historique qui nous est propre et dans lequel, sans nostalgie, les évêques se sont situés dans leur récente Lettre aux catholiques de France, trois grandes voies missionnaires peuvent être tressées ensemble - et le sont déjà - dans chaque diocèse et dans l’ensemble de la nation ; trois voies qu’il nous faut toujours "nattées" ; trois voies qui se tracent sur le tissu social et culturel de notre pays ; trois voies qui irriguent d’une force spirituelle neuve la terre de nos ancêtres dont nous sommes les héritiers sans chrétienté et en mondialisation !

Aller au-delà de toutes frontières

Depuis la première Pentecôte et le don de l’Esprit, les disciples du Ressuscité sont allés de par le monde vivre et annoncer la Nouvelle de paix et de salut. De nos jours encore, après vingt siècles, ils sont poussés par les événements politiques ou culturels, mais habités par leurs expériences spirituelles : " Allez dans le monde entier, annoncez... ". Ce qui importe ici, c’est la passion de la rencontre et du dialogue, donc la recherche de l’inculturation. Il s’agit bien de témoigner, mais en "vivant avec"...

Le missionnaire est un voyageur ; il risque sa vie sur les routes ; il crée des réseaux ; il vit en équipe de mission, jamais seul ; il est accueilli dans une maison et ne veut être à charge de personne, sinon de la charité de Dieu. Son message est celui de Paul : " Maintenant, en Jésus Christ, vous qui jadis étiez loin, vous avez été rendus proches par le sang du Christ. C’est lui, en effet qui est notre paix : de ce qui était divisé, il a fait une unité. Dans sa chair, il a détruit le mur de séparation, la haine. Il a aboli la loi et ses commandements avec ses observances. Il a voulu ainsi, à partir du juif et du païen, créer en lui un seul homme nouveau, en établissant la paix, et les réconcilier avec Dieu tous les deux en un seul corps, au moyen de la croix ; il a tué la haine " (Ep 2,13-17). Le ministère de réconciliation est sa passion, son aventure.

Cette image du mur à abattre hantait la conscience du cardinal Emmanuel Suhard. Il le dit pour des zones de campagne déchristianisées comme la Bourgogne ou le Limousin ; il en fait le constat pour la classe ouvrière : l’Église est loin des travailleurs qui peuplent la banlieue parisienne pour le service de laquelle il est l’archevêque ! Le mur, il faut toujours le détruire ; et c’est une entreprise de longue haleine. Cette spiritualité de l’engagement a alimenté et alimente toujours les membres de la Mission de France. Avec beaucoup d’autres ! Là où se trouvent des fractures dans la société contemporaine, là où se sont élevées des frontières entre la foi en Christ et ses contemporains, l’apôtre va y planter sa tente et souvent vivre concrètement l’expérience décapante de l’enfouissement. Les prêtres ouvriers ont porté et portent encore ce témoignage : ils sont indispensables à tout effort actuel d’évangélisation.

Des routes, des réseaux, des familles, une maison, des relais, bref cette voie missionnaire demande une grande disponibilité et une vie d’équipe... et avant tout la "présence compromise", c’est-à-dire une présence qui invite au dialogue, ose offrir l’Evangile et accepte la réciprocité.

Je retiens quelques lieux ou milieux qui provoquent un engagement ecclésial déterminé : les banlieues des grandes agglomérations urbaines (Marseille-nord, Ivry-sur-Seine...), un monde rural aux transformations sociales évidentes (la vallée du Serein dans l’Yonne, les plateaux du Limousin, le vignoble du Libournais...), les loisirs et les activités culturelles tels que les sports d’hiver à Tignes en Savoie, la recherche scientifique avec son pouvoir technologique, l’évolution de la classe ouvrière et la transformation du travail, la présence en Égypte et la sphère islamique, etc.

Qu’on me permette de souligner un appel qui me tient particulièrement à cœur. La génération - si diversifiée - des jeunes et des jeunesses de notre pays se trouve dans la même situation que la classe ouvrière il y a cinquante ans dans sa relation à l’Église. Le mur de la non-rencontre existe. Et, bien souvent, malgré la qualité et le courage des animateurs, les "outils" pastoraux mis en œuvre ne tracent pas le chemin du dialogue et de la révélation des valeurs qui font vivre. À frais nouveaux, il nous faut redevenir missionnaires auprès de générations dont la coupure avec l’Église et la vérité de son Évangile est non seulement évidente mais béante comme une blessure mortelle. Je rêve des "équipes de mission" inculturées dans les mondes des jeunes ! C’est urgent.

Il s’agit, avec la force de l’Esprit et dans des cultures "étrangères", de dévoiler la présence du Ressuscité et la pertinence de son message. La recherche en ce domaine n’est plus celle du sol, de la terre et des racines, mais de l’avenir, de l’errance et des projets ; les jeunes aiment faire halte dans leurs familles ; ils fréquentent écoles et universités ; ils travaillent ou sont inscrits à l’ANPE ; ils se regroupent, s’agglutinent... pour un temps, un événement, parfois quelques nuits ! Mais la question reste : où sont-ils, les jeunes ?

Evangéliser le service du religieux

Le chemin d’Emmaüs est la deuxième voie. Aujourd’hui, dans ce temps que l’on dit "post-moderne", beaucoup se considèrent catholiques ; ils seraient étonnés, plus encore scandalisés si les responsables de l’Église leur refusaient d’être membres de l’institution chrétienne ; ils ont des droits. Ils demandent à l’Église de les servir et de leur offrir les services cultuels et religieux dont ils sentent avoir besoin à l’occasion d’événements ponctuels qui s’inscrivent dans leur existence. Ils entendent célébrer leurs expériences humaines et les sentiments religieux qui les habitent. L’Institution est regardée alors comme prestataire de services, comme en d’autres domaines ils exigent présence et service des grandes structures qui soutiennent la vie sociale, l’école, l’hôpital, les sports, les loisirs... Ou le spectacle de l’éclipse du 11 août dernier ! Ne disons pas trop vite qu’ils nous enferment dans la société de consommation ; inscrivons plutôt l’obligation de l’accueil et du compagnonnage.

Ce chemin est catéchuménal. Il est une proposition d’évangélisation. Il s’inspire de la voie tracée par les disciples d’Emmaüs. De tout temps la démarche religieuse se faisait dans la paroisse de son domicile, dans son village ou dans son quartier. Tout catholique était, par définition canonique, "paroissien" et il le savait. Les habitudes ont changé sur ce point aussi. Et l’obligation revient à la paroisse de donner toutes les possibilités et les facilités pour permettre à la personne qui ne "pratique" pas, qui ne fréquente pas le lieu paroissial, de se diriger et d’être accueillie comme il se doit.

Je pense que la qualité et l’opportunité de la grande réforme des paroisses se situent précisément dans ce champ de l’action religieuse du public chrétien. La paroisse que l’on pourrait appeler "cantonale" est d’abord au service d’une population qui veut avoir son église, son curé, des laïcs assumant les divers services qui sont offerts au grand nombre. Le découpage administratif est une obligation morale. Habiter quelque part donne des droits.

Je prends un exemple des plus significatifs. Une civilisation se juge par sa capacité de réunir la famille pour le repas et d’accomplir les rites funéraires. " Dis moi comment tu conduis tes morts en terre, je te dirai qui tu es ! " C’est une démarche sacrée ; et les administrations étatiques comme les commerces de services tels que les pompes funèbres ne peuvent suppléer au manque de célébration religieuse. Le presbytère et l’église ont des fonctions propres. Ils portent une symbolique forte dans ce contexte. Et je ne parle pas du cimetière !

De ces services religieux, le "missionnaire" peut - parfois, c’est impossible - faire une démarche de révélation, tout au moins un ministère, celui de l’accompagnement, du recueillement, de l’écoute, du cheminement. Dans la situation du deuil, le ministère est celui de la compassion et du dévoilement. La célébration devient un don : celui de Dieu qui aime à en mourir, celui de l’espérance. Peut-être que je n’aurais pas écrit cela il y a quarante ans ! Mais avec bien des prêtres, des diacres et des laïcs engagés, j’écris le nom de "missionnaire" sur la célébration ecclésiale des sacrements et de la prière publique.

Allons plus loin encore. Prendre en charge le témoignage souvent muet des églises qui sont plantées dans les villages et les quartiers, en tant qu’elles sont les maisons du peuple croyant en Christ, maison de Dieu même, peut - dans la situation actuelle - être un acte missionnaire. Disons aussi : assumer la dimension culturelle de nos églises et de notre patrimoine religieux comme témoignage de la beauté et de la gratuité et comme signe d’une verticalité de tout être humain, c’est accomplir le service de l’homme. L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de parole ! Parole qui sort de la bouche de Dieu. La sécularisation de la société n’impose pas sa désacralisation ; le sacré ne s’efface pas ; il se vit autrement. Et pour une large part, c’est à l’Église catholique que cet "autrement" est confié. Évangéliser le religieux et le sacré est une tâche urgente devant les déviances sectaires que nous subissons.

Etre un peuple eucharistique

Être un peuple eucharistique. Il est une troisième voie. Elle est la source des sources. Elle conduit au puits de Jacob, à la rencontre décisive avec la Samaritaine et les habitants du village de Sychar. Elle nous introduit sur le vaste chantier de la refondation de communautés croyantes. Si c’est vraiment la foi chrétienne qui est en cause, c’est aux sources de la foi qu’il nous faut désaltérer le peuple de Dieu qui vit la dispersion et les bousculades de la diaspora et qui est parfois désorienté au forum planétaire du grand commerce des pensées, des idéologies, des religions, des pouvoirs médiatiques et étatiques comme des sectes.

Un réel travail de l’intelligence de la foi a été offert depuis le Concile Vatican II. Cependant cet effort a donné son fruit et il est actuellement insuffisant. La communauté fondamentale doit être recomposée et réinventée : elle n’est plus la communauté paroissiale du temps du Père Michonneau et de la ville de Colombes ; elle ne peut être la communauté de base d’Amérique latine ; elle n’est pas la communauté ethnique comme souvent aux USA ; elle ne sera jamais le fruit de la démarche évangélisatrice et affinitaire des mouvements de milieux et de classes sociales ; elle ne sera pas les communautés nouvelles récemment vécues dans notre pays… Beaucoup de ces expériences et de ces modèles apportent des éléments irremplaçables.

Le témoignage heureux des premières générations chrétiennes est pour nous lumière et source sur le chemin de recomposition du tissu ecclésial pour le siècle qui vient ; il n’en est ni le modèle ni l’idéal. L’axe essentiel de cette aventure évangélique est l’Église locale présidée par l’évêque et son presbytérium avec le service des diacres et le peuple synodal. Dans le diocèse, il s’agit bien de refonder des communautés eucharistiques, des communautés de terrain qui ont à vivre les trois affirmations du Christ : " Quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis au milieu d’eux. " " Faites ceci en mémoire de moi… ; prenez et mangez. " " Regardez comme ils s’aiment… "

Eglise sacrement

Si l’Église est corps du Christ et temple de l’Esprit, elle est authentiquement missionnaire en recevant de son Seigneur et maître la capacité d’être signe et sacrement de la présence du Dieu trois fois saint que nous adorons dans la lumière de la foi. L’affirmation théologale du Concile dès les premières lignes de la Constitution dogmatique Lumen gentium, nous avons l’honneur et la charge de la mettre en pratique. Bref l’Église en ses communautés de terrain doit être "Miracle", au sens de l’évangéliste saint Jean. Il n’importe pas qu’elles créent leur visibilité comme on expose dans une devanture commerciale les produits que l’on veut vendre.

Mais il leur ne suffit pas non plus d’être la graine jetée et enfouie dans la terre des hommes. Les chrétiens doivent être lumière, foyers de feu dans l’aire sociale. Comme pour les familles, les communautés de terrain au sein de l’Église locale doivent s’inscrire dans la société et, demain, marquer le tissu associatif du fait de leur présence originale et particulière. Nous devons rendre visible l’Invisible ! C’est le défi ! C’est l’aventure…

L’Eucharistie des cinq heures

La communauté de terrain ne supprime pas la paroisse ; on l’aura compris. Elle veut en être le foyer - ou les foyers -, elle est invitation à mieux vivre le mystère eucharistique ; l’Eucharistie est source et sommet de toute évangélisation. Il est temps de réapprendre aux chrétiens (fidèles et engagés dans les services et l’action), à faire eucharistie, à vivre pendant cinq heures dans la joie et la paix reçues la grande liturgie pascale : l’accueil et le partage de la Parole, le don réciproque des joies et des victoires humaines ainsi que des misères et des drames qui sont l’existence au quotidien, la célébration pascale de la prière eucharistique, le repas fraternel et festif, et la mise au point des tâches et des activités au bénéfice de tous les habitants de la paroisse (ou autres secteurs…). Traiter de tout ce qui concerne la communauté de terrain n’est pas l’objet de cet article. D’ailleurs, redisons que nous vivons une recherche en Église diocésaine ! Laissons la route ouverte… Revenons à notre sujet : pourquoi vouloir définir la communauté par le concept de "terrain" ?

Plusieurs raisons peuvent être données. La plus immédiate est d’être normalement située dans une paroisse et sur un territoire, au milieu d’une population que l’on ne choisit pas. Je crois qu’il serait dangereux pour la mission évangélique de l’Église d’entrer dans une dynamique de regroupement affinitaire laissant à chacun le soin de trouver son lieu et son milieu au gré des circonstances et des relations individuelles. Respecter les vocations et les désirs de chacun est l’expression de la liberté et de Dieu et de toute personne humaine. Cependant l’Évangile ouvre le chemin à un monde fraternel et réconcilié. L’individualisme n’est pas sa finalité, même si nous devons le prendre en considération dans l’évolution de la civilisation qui se cherche.

Réforme liturgique

Il est une autre raison ; elle est dans le fait que la communauté est eucharistique. Nous sommes invités à un repas pascal. Un repas selon les disciples d’Emmaüs demande de dresser la table quelque part ! On ne recevra jamais le "pain de Dieu" par internet ou par téléphone portable. Déjà Jésus, qui n’avait pas de maison personnelle, s’est très souvent assis à la table de ses hôtes, Zachée, Marthe, aux noces de Cana ou dans la maison du publicain… Et le jeudi, la veille de sa mise en croix, il a envoyé les disciples préparer la "salle haute" pour la Pâque, laissant pour toujours son mémorial.

J’ajoute ceci : le concile a imposé une étonnante réforme liturgique ; et ce n’est nullement extraordinaire que celle-ci ait provoqué une crise grave et demandé une réelle conversion. Il ne s’agit pas d’abord du latin, voire des textes et des rites nouveaux. C’est plus fondamental ! De même que le concile de Trente avait exigé que l’annonce de l’Évangile et la prédication soient données au milieu du peuple, dans la nef et non dans l’aire sacrale réservé aux clercs, de même Vatican II nous a fait faire - dans la fidélité à la tradition primitive - un retournement (je n’ose écrire une révolution, mais…) : le prêtre, accompagné du diacre, convoque le peuple de Dieu à la Table du Seigneur et le constitue en assemblée, en ecclesia, afin de vivre le Mémorial pascal. Et l’on cherche encore comment placer dans nos églises la table qui est l’autel du Sacrifice rédempteur, signe du Christ lui-même, pierre d’angle, centre et axe de tout l’édifice, tombeau ouvert du Ressuscité. La symbolique est d’une force immense et nous avons trop souvent joué avec le mystère qui fut par le Christ remis entre nos mains.

L’autel

Nos frères d’Orient sont affrontés à la même exigence théologale, et pourtant les Églises orientales gardent l’iconostase. Je pense que notre Église latine, par volonté missionnaire et souci de donner au Peuple de Dieu sa vraie place, a réalisé une avancée positive et puissante ; mais combien de chemin il nous reste à accomplir pour que soit vécu authentiquement le mystère eucharistique et donc rédempteur. Je suis convaincu que là se joue, d’une manière obscure et non maîtrisée, l’avenir du christianisme en Occident. Bref, au centre de la communauté de terrain, il faut édifier, placer, situer, dresser, construire l’autel. Et voici posée une question que je dis théologique : est-ce dans une de nos nombreuses églises, souvent belles et ancestrales ? Ou faut-il choisir une maison quasi-familiale dans laquelle l’autel sera le lieu toujours provisoire de la vie quotidienne ? Comment vivre le chemin d’Emmaüs qui fait entrer dans le mystère de Dieu ? Comment célébrer (pendant au moins une longue heure), la grande Prière eucharistique que nous donne l’Église ? Car nous ne sommes pas les maîtres de Dieu !

Je ne sais aujourd’hui répondre à ces questions. Donnons des éléments d’appréciation et de jugement. L’Église catholique en France, qui assume son histoire et se refuse à perdre son statut public, ne sera jamais une association privée pour individus ayant le goût et le loisir de se donner une vie spirituelle, comme on aime faire de la musique ou du sport ! Son statut public se manifeste par les milliers d’églises que nous avons reçues de nos ancêtres dans la foi et dont la propriété factuelle est couverte par la loi et nous situe dans l’état de droit. C’est pourquoi je crois nécessaire d’habiter les "maisons" des chrétiens que sont les bâtiments-églises. Reste poser bien sûr l’aménagement intérieur de l’église, et par rapport à l’autel face au peuple, et par rapport à l’expression de la vie communautaire, et par le souci de confort et de chauffage, etc. C’est là un vaste chantier. Mais il serait grave de déserter les églises, tout au moins les églises qui seront choisies comme demeures de la communauté de terrain.

Les maisons

L’autre réponse est, tout en gardant à l’église son statut d’église communale et parfois paroissiale, de chercher dans une autre direction : construire une maison des chrétiens, édifice qui ne ressemblerait pas aux nombreuses salles de rencontres et de patronage. Nous n’oublions pas que les premières communautés apostoliques se réunissaient dans des maisons particulières, telle la maison des Laterani à Rome. Là encore, il faudrait retenir et imposer les fonctions et les besoins d’un semblable projet. Et le faire non seulement pour les nécessités immédiates, mais pour y manifester, dans l’organisation architecturale, la place du Christ et donc de l’autel d’une part, et d’autre part la visibilité originale, évangélique de la maison de croyants qui offre le signe et le miracle de Dieu.

Ainsi, être missionnaire en notre pays, c’est fonder des communautés de croyants sur un terrain - un humus - particulier et concret. La réforme des paroisses impose d’aller au-delà des décisions administratives et synodales. Il y va de l’avenir de la foi chrétienne dans un pays qui, dans les instances politiques, cherche insensiblement à faire du christianisme un patrimoine culturel ou une expression privée de quelques citoyens. C’est l’enjeu des années du siècle futur ! L’Evangile n’est pas une sagesse. Il est le testament d’une Personne divine qui, au sein de la communauté - et par elle -, se dit et s’accomplit. Le Christ est alpha et oméga. Dieu est révélation. L’Esprit souffle…