Un temps pour découvrir la vocation chrétienne


Les jeunes sont déjà l’Eglise d’aujourd’hui. Et la confirmation est un temps précieux pour qu’ils découvrent leur vie comme une vocation. Un point essentiel pour Daniel Labille, évêque de Soissons, Laon et Saint Quentin.

Suit la lettre de Stéphanie pour qui la confirmation est une aide à témoigner de la joie d’avoir fait alliance avec Dieu.

Daniel LABILLE
évêque de Soissons, Laon et Saint Quentin

La rencontre des jeunes et adolescents au moment de la confirmation est pour moi quelque chose d’important pour mon ministère d’évêque, en raison de la qualité de ces rencontres et aussi en raison des enjeux que la préparation et la célébration de ce sacrement mettent à jour. Les jeunes eux-mêmes les expriment dans leurs lettres de demande.

Pour eux-mêmes, la confirmation est perçue comme une chance. Ils sont souvent minoritaires comme croyants dans leur collège ou leur lycée. Au moment où ils se cherchent, cette situation les fragilise et leur fait perdre de l’assurance. Les groupes de confirmands leur offrent des lieux de parole et de liberté d’expression pour dire leur foi et pour éclairer le choix volontaire qu’ils sont en train de faire : croire, persévérer, choisir sont des actes structurants pour construire leur personnalité. Cela, ils l’expriment souvent dans leurs lettres.

Pour eux-mêmes et aussi pour le monde d’aujourd’hui, le temps de la confirmation est souvent un temps de projets. Les adolescents d’aujourd’hui ont du mal à voir leur avenir ; tant d’incertitudes pèsent sur eux, tant de recommandations aussi finalement paralysantes leur sont plus ou moins assénées. Le choix de la confirmation libère un avenir : choisir de suivre le Christ, de vivre de son Esprit, découvrir que réussir sa vie, c’est la donner par amour ; découvrir qu’un monde meilleur est possible, qu’un amour fidèle est possible.

La préparation de la confirmation induit, avec plus ou moins d’évidence selon chacun, la question capitale : à qui je vais donner ma vie ? quelle famille je rêve de fonder ? L’ouverture à des vocations spécifiques s’inscrit dans cette recherche. Le monde d’aujourd’hui a besoin de porter des projets qui réuniront les hommes et les feront grandir ensemble. Les confirmands découvrent avec un certain enthousiasme la pertinence et la nécessité de tels projets.

Pour eux-mêmes et pour les communautés chrétiennes, la confirmation est un temps fort de vie en Eglise. De plus en plus fréquemment, les communautés chrétiennes comprennent que la célébration de la confirmation est pour toute la communauté et pas seulement pour les jeunes et leurs familles. Les croyants ont besoin d’attester qu’ils sont une Eglise animée par l’Esprit Saint, témoignant de son action dans le monde et accueillant sa façon d’aimer. De plus en plus aussi, les communautés avec les catéchistes sentent qu’ils sont une Eglise qui doit proposer la confirmation aux jeunes et aux adultes et pas seulement une Eglise qui attend simplement celles et ceux qui se présentent. Comment ne pas se réjouir de ces prises de conscience ?

Ils sont la génération jeune de l’Eglise d’aujourd’hui.

La confirmation fait aussi apparaître quelle place chaque communauté fait aux jeunes dans sa pastorale : comment elle accueille leur sensibilité, leur expression de foi. Tous ont besoin de cet échange stimulant entre générations pour aviver ou enrichir leur propre recherche de Dieu. Des évolutions se dessinent : les adultes cherchent moins à ce que les jeunes leur ressemblent ; ils sont plus attentifs à ne pas essayer de "récupérer" les jeunes mais à les accompagner en facilitant leur liberté de recherche.

Peu à peu, nous découvrons que nous avons besoin les uns des autres, de générations différentes, pour être l’Eglise. Les jeunes ne sont pas d’abord l’Eglise de demain comme on le disait encore il y a quelques années, mais la génération jeune de l’Eglise d’aujourd’hui. Et c’est aujourd’hui que l’Eglise a besoin de l’apport de chaque âge et de chaque génération pour approcher de la vérité de l’Evangile. Cette attitude peut permettre d’accueillir plus en vérité la question que les jeunes posent après leur confirmation : avec qui vais-je continuer à être chrétien ?

La pastorale de la confirmation est un des lieux où l’évêque est souvent investi directement ; elle lui permet de veiller à la catholicité de son Eglise, pour que la présence des jeunes ne manque pas à celle-ci ; elle est pour lui aussi souvent un moment d’appel aux différentes vocations chrétiennes. Il est amené à encourager celles et ceux qui accompagnent les jeunes dans leur préparation à la confirmation. Il porte avec eux le souci de la suite : comment la communauté tout entière va permettre aux jeunes de continuer à être chrétiens ? Avec quels moyens : mouvements de jeunes, groupes paroissiaux, aumôneries ?

La confirmation n’est pas seulement une chance pour les jeunes ; elle est aussi une chance à saisir par l’ensemble des communautés chrétiennes. En prenant à coeur la proposition, la préparation et la célébration de la confirmation, chaque communauté fait bouger beaucoup de choses en elle qui lui permettent d’approfondir chez chacun le sens de la vocation chrétienne et chez tous le sens de la mission de l’Eglise.

Cette joie devait venir de Dieu...

Cher Père, je vous écris pour vous annoncer mon intention de me faire confirmer cette année. Je voudrais vous expliquer pourquoi je tiens à me faire confirmer et comment cette décision m’est venue. Elle n’a pas été brutale. Etant d’une famille pratiquante, participant moi-même à des rassemblements de jeunes, à des mouvements d’Eglise comme le MEJ et le Secours Catholique et ayant déjà animé des messes plusieurs fois, cela paraissait même être un peu "dans l’ordre des choses".

Pourtant, j’ai mis longtemps à faire ce choix. Je refusais, tout d’abord, de faire ma confirmation en Seconde, sous prétexte que beaucoup de monde la fait vers cet âge alors que je ne me sentais pas prête (je suis en Terminale). De plus, je ne voulais pas m’engager trop vite dans l’Eglise alors que je n’étais pas (et que je ne suis pas toujours) forcément d’accord avec les messages du Vatican, et que j’étais souvent attirée par le protestantisme qui me semblait plus "cool".

Pourtant, je me suis rendu compte que j’étais au moins d’accord avec l’Eglise sur un point : essayer de vivre l’Evangile au jour le jour, non à travers des grands discours, mais par des petits actes tout simples.

Cela, je m’en suis rendu compte grâce à ma participation dans les mouvements et dans l’animation de la messe et cela m’a toujours rendue heureuse de le faire. Je suis toujours très émue quand je distribue le corps du Christ ; je ressens une grande joie. De même, en faisant du soutien scolaire ou en m’occupant des plus jeunes avec le MEJ, je me suis rendu compte qu’aider les autres, même très modestement et même en ayant souvent l’impression de ne rien faire avancer, me remplissait de joie et m’aidait à me rendre heureuse.

Progressivement, je me suis dit que cette joie devait venir de Dieu et que ce ne serait pas mal de témoigner de l’alliance qui a été faite entre nous deux à mon baptême et qui est réellement existante, puisque cette joie en est la preuve. Je me suis dit également que cette joie qui me rend si heureuse, ce serait bien si je pouvais la faire partager aux autres. Or, je suis plutôt réservée. Je compte donc sur ma confirmation pour m’aider à témoigner cette joie, à avoir le courage de la communiquer.

Je voudrais aussi que l’Esprit Saint m’aide à davantage respecter les autres et soit vraiment une force qui m’aide à vivre au jour le jour. Bien sûr, je ne m’illusionne pas, je sais que ma vie ne sera pas bouleversée du jour au lendemain ; mais les confirmés de mon groupe MEJ avec qui je prépare ma confirmation m’ont dit que cela avait vraiment changé quelque chose dans leur vie. Enfin, je pense que par ma confirmation, je m’engage à devenir un membre de l’Eglise de mon plein gré, qui s’implique dans sa paroisse, qui essaye aussi d’être chrétien tous les jours, au lycée comme à la maison, dans mes loisirs comme dans la rue.

J’attends vraiment avec impatience le 15 novembre où je recevrai l’Esprit saint (que j’imagine un peu comparable à cette joie dont je vous aurais beaucoup parlé), avec les autres qui se préparent. En attendant je vais vous laisser en vous remerciant d’avoir lu ma lettre jusqu’au bout. Bien affectueusement.

 

Stéphanie