Se décider sous la motion divine


La dernière intervention du Colloque Ephrem 92 (1) a été celle du P. Michel Rondet, s.j., qui réside actuellement au Centre jésuite de la Baume-les-Aix. Connu par ses nombreux travaux sur la spiritualité, longtemps responsable de la formation des Jésuites, il enseigne la théologie aux séminaires d’Aix et d’Avignon. Il nous propose ici une véritable méthodologie du discernement en Eglise.

Nous reprenons ici une intervention du Père Michel Rondet lors du colloque Ephrem. Cette intervention a été publiée dans Documents Episcopat n°3, février 1993. On peut commander ce numéro en s’adressant au Secrétariat général de l’épiscopat, 106, rue du Bac 75007 Paris.

Cherchant un titre à cet exposé, et pour indiquer d’emblée la tradition dans laquelle je me situe, j’ai finalement retenu ces mots de Saint Ignace : "se décider sous la motion divine".

Placé en fin de parcours de ces journées, j’ai la chance de bénéficier de tous les apports entendus et de toutes les questions posées. Je tâcherai d’y être fidèle et, pour commencer, j’inscris ce que je voulais dire dans le prolongement de ce qu’évoquait le P. Gagey. Il a bien montré comment "confrontés au caractère radicalement historique de nos existences, nous étions pris entre les nostalgies de la tradition et les promesses de l’esprit critique".

Situation inconfortable et exigeante qui peut nous conduire à redécouvrir l’Evangile comme tradition critique, voire comme "tradition de la crise". Comme le rappelle Saint Paul aux Galates, "c’est pour que nous restions libres que le Christ nous a libérés" (Ga 5, 1) et , dans cette liberté, notre seul recours, pour qu’elle ne se tourne pas en prétexte pour la chair, c’est l’Esprit. Notre fidélité à suivre l’Esprit, à produire ce que Saint Paul appelle le fruit de l’Esprit et qu’il ne trouve pas assez de mots pour décrire : "charité, joie, paix, longanimité, serviabilité, bonté, confiance dans les autres, douceur, maîtrise de soi..." (Ga 5, 22-23).

Placer ainsi la vie chrétienne sous le signe de l’Esprit face à tous les fondamentalismes d’hier et d’aujourd’hui, c’est du même coup évoquer la nécessité du discernement. Le mot est apparu dans le Nouveau Testament avant la naissance de l’Eglise, dans les premières lettres des Apôtres Paul et Jean :

- "N’éteignez pas l’Esprit, ne dépréciez pas les dons de prophétie ; mais vérifiez tout : ce qui est bon, retenez-le ; gardez vous de toute espèce de mal" (1 Th 5, 19-22)

-  "Discernez ce qui plaît au Seigneur, et ne prenez aucune part aux œuvres stériles des ténèbres ; dénoncez-les plutôt" (Eph 5, 10).

- "Ne vous fiez pas à tout esprit, mais éprouvez les esprits pour voir s’ils viennent de Dieu" (1 Jn 4, 1).

Ce mot de discernement, on va le voir resurgir dans la vie de l’Eglise, et ce n’est pas un hasard, aux époques de crises qui sont aussi des époques de création : lors de la crise gnostique, à l’aube des temps nouveaux au XIIIe siècle et dans la mouvance de Vatican II à la fin du XXe siècle.

Pour parler du discernement, je me situerai délibérément dans la perspective retenue au cours de ce colloque : des responsables d’une Eglise locale (Conseil épiscopal, Conseil pastoral, Conseil presbytéral) rassemblés pour une décision à prendre face à de nouvelles perspectives se manifestant dans la vie de la communauté. Faut-il avoir à leur égard une attitude d’accueil enthousiaste, de rejet motivé ou d’expectative prudente ?

Et ce n’est pas la réponse à donner que je vise directement à éclairer, mais bien le chemin à parcourir pour tenter de donner à cette question une réponse qui fasse grandir l’Eglise locale comme "communion et mission".

En effet, nous l’avons vu à travers les questions abordées depuis deux jours, je ne pense pas que nous ayons la maîtrise des solutions aux questions que nous posons. Elles ne nous appartiennent pas. Et pourtant il nous est demandé d’avancer. Avancer dans le provisoire, l’ambigu peut-être, mais avancer dans une ligne spirituelle. D’où l’importance que revêtent alors nos démarches. Si nos choix ne peuvent viser à l’évidence de solutions satisfaisantes, ils peuvent du moins nous faire avancer sur un chemin de fidélité spirituelle.

Pour tenter d’éclairer cette question, trois étapes :

1 - Le climat d’une décision spirituelle
2 - Les étapes d’un chemin de discernement communautaire
3 - Quelques critères de vérification.

I - Le climat d’une décision spirituelle

Et d’abord qu’entendons-nous par décision chrétienne ?... Une décision mûrie, réfléchie, prise dans la liberté spirituelle, qui vise la croissance du Royaume de Dieu. C’est dire qu’il ne peut s’agir que d’une décision préparée par une analyse honnête et lucide de la situation donnée, de ses enjeux et de ses prolongements.

Est-ce tout ? Non. Si nous voulons vraiment parler de décision chrétienne, il faut encore dire une décision prise dans l’Esprit, dans sa mouvance, sous son inspiration. Pourquoi ? Parce que, pour être chrétien, un choix pastoral doit se situer au coeur de la mission de l’Eglise, elle-même prolongement de la mission trinitaire. C’est l’Esprit qui préside à la croissance du Royaume, dont l’Eglise est la servante et le signe. Et l’histoire de l’Eglise témoigne bien, depuis le "Concile de Jérusalem", que les décisions qui l’ont fait grandir sont celles qui ont été prises dans l’Esprit, sous la motion de l’Esprit.

Dire ceci soulève immédiatement une autre question : l’Esprit souffle où il veut, de façon souvent imprévisible. Il est le souffle qui saisit les prophètes et les arrache à leur monde familier, mais il est aussi la brise légère qui a étonné Elie. Il est l’Esprit qui parle à notre esprit, l’Esprit qui prie en nous, qui dit en nous Père, l’Esprit qui fait mémoire en nous des paroles et des gestes de Jésus, l’Esprit qui parle aux Eglises par ses prophètes et ses inspirés comme dans l’Apocalypse.

C’est dire que l’Esprit, on a tendance à l’oublier un peu aujourd’hui, nous rejoint, comme les autres personnes de la Trinité, à travers des médiations humaines. Des médiations en connivence avec ce que l’Ecriture nous dit de lui : il est souffle, feu, vie. Nous le rencontrons à travers tout ce qui met en mouvement, ce qui inspire, ce qui meut, ce qui ranime, ce qui appelle, ce qui fait grandir. Aussi la tradition chrétienne a-t-elle parlé d’inspirations, de motions et aussi de signes. Et l’attention aux motions intérieures comme aux signes des temps est le lieu privilégié de discernement de l’Esprit.

Discernement de l’Esprit qui passe donc par un discernement des esprits : des mouvements, des attraits, des désirs qui peuvent s’entrecroiser en nous, comme des courants qui parcourent nos communautés. Le passage linguistique du singulier au pluriel (le discernement des esprits quand il s’agit de discerner l’Esprit) a de quoi étonner et il faut le justifier.

En redécouvrant l’Esprit, sa place dans nos vies, dans celle de nos communautés, on crédite parfois aujourd’hui son action d’une sorte d’immédiateté qui s’imposerait à nous avec une évidence fulgurante. C’est oublier qu’en soulignant la réalité de l’habitation de l’Esprit en nous, la tradition chrétienne ne négligeait pas les médiations par lesquelles son action nous rejoignait : les énergies divines, la grâce créée, les motions spirituelles. C’est donc bien pour vivre de l’Esprit qu’il importe de discerner, en nous et dans nos relations pastorales, les esprits à l’oeuvre, pour nous fier à ce qui vient de Dieu.

Face aux nouveautés devant lesquelles la vie de l’Eglise nous place, nous avons vu que nos réactions étaient diverses. Chacun de nous peut hésiter sur le diagnostic spirituel à porter et, dès que nous nous retrouvons en groupes pour en parler, il est bien rare que nous soyons tous sur la même longueur d’onde.

Alors, y en a-t-il qui ont l’Esprit, d’autres qui ne l’ont pas ? La question n’est pas si simple car l’expérience montre que ce peut bien être le même Esprit qui, sur un même problème, inspire aux uns l’audace du mouvement et aux autres la prudence de l’expectative, non pour que ces deux esprits s’opposent, mais pour qu’ils se fécondent mutuellement et que, de leur différence même, naisse une communion plus profonde.

Il nous faut donc discerner les esprits dans ce qu’ils ont toujours de partiel, d’incomplet, parfois d’ambigu et, à travers eux, tenter de retrouver l’Esprit qui construit l’Eglise. Mais, de même que nous ne retrouvons pas Jésus sans nous attacher à ses paroles et à ses gestes, nous ne vivrons pas de l’Esprit sans être attentifs aux motions intérieures et sans discerner autour de nous les signes des temps :

- Les motions intérieures sont le lieu de rencontre de l’Esprit avec notre désir.

- Les signes des temps sont le lieu de rencontre de l’Esprit avec les courants culturels et spirituels de notre époque, et, là aussi, l’Esprit parle à notre esprit.

Une décision chrétienne c’est donc une décision qui, sans cesser d’être une décision humaine avec ses limites et ses ambiguïtés, tente loyalement d’être attentive aux motions de l’Esprit et aux signes des temps, c’est-à-dire aux médiations à travers lesquelles l’Esprit parle à notre esprit dans le silence de la prière, la relecture croyante de la vie et des événements, la confrontation des points de vue.
S’il faut nous garder de faire parler l’Esprit, comme on serait parfois tenté de le faire, nous pouvons par contre nous disposer à l’entendre, à être m^par lui.
Il y a des sources et des conditions du discernement. Les sources sont simples :

- L’Esprit c’est l’Esprit de Jésus. Il nous est donc livré dans les paroles et les gestes de Jésus et la première source du discernement c’est la Parole de Dieu lue, méditée, ruminée dans la foi.

- L’Esprit, c’est l’Esprit de Jésus qui construit l’Eglise : il faut donc, pour le retrouver, habiter de l’intérieur la tradition de l’Eglise.

- C’est l’Esprit qui construit l’Eglise pour le salut du monde : pour retrouver l’Esprit, il est important de s’inculturer dans la mentalité d’une époque, d’en vivre de l’intérieur les pesanteurs et les grâces. L’Esprit n’est jamais anachronique.

Ceci dit et rappelé, y a-t-il des pédagogies plus précises qui puissent aider non seulement des individus mais des groupes à se disposer à se décider sous la motion divine ?

II - Les étapes et les procédures d’une décision spirituelle à prendre en groupes responsables

Je ne les décrirai pas a priori (2), mais en m’appuyant sur les recherches faites ces dernières années par des Chapitres, des Conseils de Congrégations religieuses, qui avaient à prendre ensemble des décisions importantes.
Ils s’inspiraient en cela d’une tradition plus ancienne remontant aux délibérations d’Ignace et de ses premiers Compagnons.

1) La première étape pourrait consister à se remettre ensemble sous le regard de Dieu pour la recherche que l’on veut entreprendre.

Elle va faire apparaître des sensibilités diverses, peut-être des ecclésiologies différentes, ce qui n’est pas inouï même dans un Conseil épiscopal et ce n’est pas de soi une catastrophe...

Mais il est important de reprendre conscience ensemble et peut-être de se redire qu’il ne s’agit pas ici de faire triompher une opinion, une sensibilité sur une autre, mais de chercher ce qui semblera le meilleur pour la croissance du peuple de Dieu au service duquel nous sommes envoyés.

Nous pouvons différer d’avis sur les moyens et les conditions de cette croissance, il est important de nous redire et de prendre conscience ensemble que nous ne cherchons pas et ne désirons pas autre chose que de servir ce peuple dans sa croissance théologique.

2) La finalité de la délibération ayant été ainsi posée, il est important que chacun s’établisse dans une attitude de véritable liberté intérieure. Ne croyons pas trop vite l’être. Nous avons, sur la question posée, nos idées, nos expériences, nos impressions, nous les croyons bonnes et nous espérons de la recherche commune qu’elles seront partagées, mises en lumière... reconnues.

Cette attitude est normale et légitime. Elle ne deviendra vraiment spirituelle que si nous prenons, par rapport à nos opinions personnelles, cette distance intérieure qui ne les remet pas a priori en question, mais qui est prête à le faire s’il apparaissait dans la recherche commune qu’elles ne sont pas les plus aptes à produire la fin que l’on désire.
Pas un renoncement à avoir une opinion, pas un vide artificiel mais une relativisation de notre propre jugement, qui nous dispose à accueillir les motions de l’Esprit, qui pourront nous venir de l’échange et du partage.

Sur des sujets qui nous tiennent à coeur (et les questions pastorales sont évidemment de ce type), cette liberté intérieure n’est pas évidente et elle peut demander de notre part un effort de conversion et d’abnégation méritoire.

3) Cette liberté intérieure désirée et demandée dans la prière on pourra passer à l’examen proprement dit de la question. En examinant les raisons qui peuvent militer en faveur de l’accueil ou du refus de telle proposition nouvelle.

Il est important ici tout d’abord que la question soit bien posée, les termes du discernement précisés. De quelles marges de manœuvre dispose-t-on pour cette décision ? Important à préciser car, dans la complexité des situations actuelles, il arrive que des décisions dont nous sommes en droit responsables nous échappent en fait. Il est bon d’en prendre conscience et de savoir à partir de quand ou comment la décision peut nous échapper. Comment et par qui sera-t-elle prise, quelles en sont les conséquences prévisibles à court et moyen terme, quelles incidences aura-t-elle sur l’ensemble de la vie de l’Eglise ?...

Ceci précisé, il faut alors veiller à ce que chacun puisse s’exprimer sans réticences sur les motifs qui lui feraient envisager ou rejeter telle solution. L’exposé des motifs pour ou contre est ici essentiel, car c’est lui qui va permettre d’apprécier l’inspiration évangélique des solutions proposées.

Comme il ne s’agit pas, dans les problèmes que nous évoquons, de choisir entre un bien et un mal mais entre deux biens possibles qui, cependant, ne sont pas compatibles, souvent pour des raisons externes, les motivations évangéliques seront partagées et il pourra apparaître difficile de trancher au seul énoncé des raisons pour et contre.

4) C’est ici qu’intervient une quatrième étape souvent difficile à réaliser : se donner le temps de peser les choses dans la prière. C’est là que la nouveauté de l’Esprit pourra apparaître.

L’échange, s’il a été loyal et sérieux, aura fait bouger les choses pour tout le monde. L’écoute de l’autre m’aura révélé d’autres visages de l’Evangile auxquels je n’avais peut-être pas été sensible. J’ai besoin de les intégrer, de les confronter à une vision antérieure des choses. L’Esprit m’a dit quelque chose à travers ce partage, quoi exactement, comment l’accueillir ?

Si la chose est importante, j’ai besoin, avant de donner un avis spirituellement motivé, de porter ces éléments devant Dieu dans la prière, de les envisager dans un regard de foi, dépouillé autant qu’il est possible de préjugés personnels.

5) Si l’on a pu prendre ce temps de mûrissement dans la prière, on pourra alors s’écouter dans l’Esprit : accueillir en un tour de table la conviction de chacun et les motifs évangéliques qui l’inspirent.

On le pourra faire en esprit fraternel d’écoute : chacun recevant de l’autre quelque chose de ce que l’Esprit veut lui dire, sans se permettre, à cette étape, de contester, en demandant tout au plus des précisions, mais sans reprendre les discussions antérieures.

Faire, au sortir de ce temps de prière, une écoute réciproque de ce type peut donner les éléments d’une décision. Ceux-ci peuvent alors être remis à l’autorité compétente : décision du Supérieur, vote majoritaire ou qualifié selon les procédures prévues.

6) Une décision prise dans ce climat pourra être accueillie paisiblement, même par ceux qui, jusqu’au bout, n’étaient pas d’accord, tant il sera évident qu’elle a été prise :

- dans une vision claire de la fin poursuivie,

- pour des motifs évangéliques éprouvés dans la prière.

Il m’est possible alors d’accepter dans la foi une décision qui n’est pas intérieurement la mienne parce que je peux y voir une étape de la croissance du peuple de Dieu. Je pourrais souhaiter une étape plus radicale ou plus prudente, je peux continuer à y penser et à la préparer, tout en accueillant ce qui est une démarche évangélique commune, même timide.

J’aurai probablement donné l’impression à un certain nombre d’entre vous d’insister, et de façon un peu idéaliste, sur les conditions d’une décision. Mais je crois profondément que c’est à travers des conversions de ce type que l’Eglise aujourd’hui est signe. Ne prétendant pas détenir la vérité en tout, même celle de ses propres structures, elle se met humblement sous la mouvance de l’Esprit, en étant attentive aux processus de décision. Comme d’autres, dans notre société démocratique, se mettent au service de la vérité en respectant scrupuleusement les lois d’un débat démocratique.

III - Les confirmations dans l’histoire

Mais c’est dans la mise en oeuvre qu’une décision révèle sa fécondité spirituelle. Et c’est là que nous sommes appelés à poursuivre notre effort de fidélité à l’Esprit, pour apprécier, redresser ce qui, de toutes façons, restait marqué de notre finitude et de notre péché.

On juge l’arbre à ses fruits. Pouvons-nous préciser un peu ?

- L’Esprit fait toutes choses nouvelles ! Oui, de quelle nouveauté ? Celle qui est bonne nouvelle pour les pauvres...
La décision prise se révèle-t-elle de ce type ? La décision spirituelle, c’est celle qui place le pauvre au centre et qui envisage tout à partir de là : un projet chrétien, c’est un projet pensé à partir de la situation du plus pauvre et si possible avec lui.

- L’Esprit est vie, il est à la fois nouveauté et continuité. Il est Celui qui situe le présent entre le mémorial et la promesse : il est l’Esprit de Jésus que nous retrouvons en faisant mémoire de Jésus et il est l’Esprit de Pentecôte qui, en nous, attend et espère l’accomplissement de toutes choses en Jésus-Christ. Une décision est spirituellement féconde quand elle assume le passé et ouvre sur l’avenir, quand elle construit l’unité en assumant le passé et en lui donnant un sens nouveau dans l’avenir. Même le péché personnel, même les fautes de l’Eglise peuvent être ainsi assumées positivement dans la nouveauté de l’Esprit. En ce sens l’Esprit recrée, il n’anéantit pas.

- L’Esprit est communion. Communion du Père et du Fils dans le respect de leurs différences. Il est Celui qui unit dans la communion, pas dans la fusion ou la confusion. La décision envisagée construit-elle une communion ecclésiale de ce type : dans le respect des différents charismes ?

- L’Esprit vise l’universel  : tous les hommes, tous les temps, mais il le réalise à travers le particulier : un peuple, une femme Marie, l’humanité de cet homme Jésus, le groupe des disciples.

Une charité pleine de discernement, c’est une charité qui vise l’universel dans le concret, qui sait trouver le point d’impact de la visée universelle de salut dans la vie concrète des hommes.
C’est important en un temps où, devant la complexité des problèmes, on risque de se réfugier dans un universel abstrait : celui des grands principes, des déclarations d’intention. La charité selon l’Esprit, c’est celle qui réalise l’universel dans le particulier.

- L’Esprit de Jésus réalise la gloire dans la kénose : la gloire du Père dans l’accomplissement de l’oeuvre du Fils, mais dans les voies que le Fils a révélées comme étant les chemins de Dieu : ceux de la kénose.

Et l’Eglise n’a pas à désirer d’autres chemins.
Quand elle y est conduite par les évolutions historiques, au lieu de céder au découragement ambiant, elle pourrait dans la foi se réjouir d’être menée presque malgré elle sur les chemins que le Fils a pris, ceux de la kénose.

IV Conclusion

L’Esprit souffle où il veut, c’est vrai.

Mais nous ne sommes pas sans lumières pour le reconnaître et, s’il est vrai que l’absence de repères nous condamne à l’invention, c’est sur la force de l’Esprit qu’il faut nous appuyer pour discerner dans les défis du temps les chemins de l’Evangile.

Michel Rondet.

Notes

1) Le Colloque Ephrem (décembre 1992) avait pour thème : "Confrontée à la nouveauté, l’Eglise diocésaine dans son effort d’évangélisation". Document-Episcopat en publie progressivement les actes : la conférence du Père J.-P. Durand a fait l’objet du n°5. [ Retour au Texte ]

2) Cette partie de mon exposé s’inspire largement d’un travail du Père J.-C. Dhotel, s.j. : "Discerner ensemble" publié dans le "Supplément à Vie Chrétienne" n° 309. [ Retour au Texte ]